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13.05.2008

extraits folies à la dérive(suite1)

 

 

 
Sur le Continent, M., gamin plein de vie, parcourt la forêt à longueur de journée. Dernier fils de la famille, il baigne dans l’insouciance. Avec les autres gosses du village il chasse les oiseaux posés dans les plantations  avec une fronde fabriquée par son grand-père, la meilleure. Pendant des heures, ils guettent l’apparition des volatiles, prenant leur mission très au sérieux même si leurs cris  suffisent souvent à les éloigner.

 

L’animal majestueux, brillant de milles feux, sauta une nouvelle fois hors de l’eau et d’une main experte Samba le piqua. Rempli de fierté il se retourna vers son fils en brandissant le trophée. Sur la rive, les deux hommes sautaient de joie. Alors que Samba s’apprêtait à les rejoindre, l’animal encore frétillant sembla lancer un dernier appel. Aussitôt, comme par sorcellerie, quatre crocodiles se jetèrent à l’eau, sortis de nulle part. Samba, le dos tourné, le sourire éclatant n’aperçut pas le danger. Ton oncle hurla et se précipita vers lui. 

 

 

Ces  nuits là M. dormait d’un sommeil agité, peuplé de songes inquiétants où se croisaient dans la confusion sa grand-mère, des crocodiles, des corps mutilés, des flammes…

 

     Des années plus tard, parti étudier à la capitale, encouragé par son père intransigeant, M. revint passer ses vacances au village. Les effets de la sécheresse commençaient à être visibles. A travers les vitres du car, il contemplait les champs arides qui s’étendaient à perte de vue. Les quatre locataires qui partageaient avec lui un trente mètres carré n’avaient pas menti.

 

 

M. marqua un temps d’hésitation. Il commençait à douter. Comme beaucoup d’étudiants formatés dans la culture de la raison, offerte gracieusement par la Cité, les questions s'entrechoquaient sans qu’il puisse y répondre.

 

 

Son père, peiné par cette attitude n’en fut pas surpris. Nombre de jeunes, rentrés de la ville pour la fête annuelle, semblaient complètement désabusés.  La loi du monde moderne les avait condamnés à errer entre deux univers distincts, l’un qu’ils avaient quitté et l’autre qui ne les accepterai jamaisLes vitrines illuminées hantaient ses rêves, les progrès de la médecine dépassaient ses espérances, ce dieu unique, sauveur annoncé, séduisait une partie de son âme. Pourtant les bandes de gamins errants à D., livrés à eux-mêmes, augmentaient à vue d’œil. Les étudiants avec qui il partageait quelques mètres carrés craignaient pour leur avenir à la vue du nombre de diplômés sans emploi. Des marches contre la faim se multipliaient. Tous les jours, il encaissait sans broncher la suffisance des colons.

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